La vérité sur Jacqueline et Pablo Picasso
Dans un livre brûlot, la journaliste Pépita Dupont rétablit la vérité sur son amie Jacqueline Picasso, la dernière épouse du peintre, et sur le couple qu’elle formait avec Pablo.
Actualitedulivre.com : Comment êtes-vous devenue l’intime de Jacqueline Picasso ?
P. D : Mon histoire avec Jacqueline est celle d’un coup de foudre amical. Tout a commencé en 1982 lorsque j’ai visité sa collection personnelle au Centre Culturel du Marais à Paris. Devant les portraits que Picasso avait peints d’elle, j’ai eu une violente envie de la rencontrer. Je lui ai écrit et six mois plus tard, alors qu’elle vivait recluse depuis la mort de Picasso neuf ans plus tôt, elle m’a invitée à venir la voir. Nous avons eu une relation très forte jusqu’à son suicide en 1986. C’était comme ma deuxième maman. Sa disparition m’a bouleversé. Pendant longtemps, le respect que j’éprouvais pour elle et pour la magnifique histoire d’amour qu’elle avait vécue avec Pablo m’a empêché de livrer mes souvenirs. Mais ces dernières années, tant de choses m’ont choquée que j’ai décidé d’écrire ce livre…
ALC : Votre volonté est de défendre sa mémoire ?
P. D : Oui, j’ai voulu à la fois lui redonner la place qu’elle mérite et en finir avec les calomnies dont elle a été victime. Dans les livres sur Picasso, elle est à peine mentionnée alors qu’elle a été sa compagne pendant 20 ans et son épouse officielle. On l’a dépeint comme une sorte d’idiote silencieuse ou une méchante belle-mère. Les enfants Picasso lui avaient même envoyé des huissiers, prétextant qu’elle séquestrait leur père. Mais ce qui m’a le plus révoltée, c’est de constater lors de la célébration des vingt ans du musée Picasso, que son nom ne figurait nulle part, même pas dans le catalogue. Alors que je l’ai vue pleurer pour que ce musée existe. Ce musée, c’est elle. Elle s’est battue pour lui pendant 12 ans, et c’est elle qui a choisi toutes les œuvres. Elle disait que la peinture n’était pas faite pour les riches collectionneurs, mais pour être vu par le plus grand nombre. Après la mort de Picasso, elle n’a jamais pris un centime sur une reproduction ou une carte postale. Elle s’y refusait. Elle disait : « la peinture doit être libre de droits », mais ce n’était pas le cas du reste de la famille…
ALC : En réhabilitant Jacqueline, vous balayez aussi les accusations portées contre Pablo Picasso, son égoïsme, son avarice…
P. D : Ce qui est injuste, c’est que la plupart des attaques sont venues de sa famille qui vit pourtant grâce à lui. Il y a d’abord eu le livre de Françoise Gilot, son ex-compagne, sorti dans les années 60 qui a véhiculé l’image d’un Picasso radin et monstrueux avec sa famille. Puis ses enfants et petits-enfants l’ont sali tout en attendant l’héritage, alors qu’il finançait leurs études. On a dit qu’il payait ses repas d’un gribouillis sur une nappe. C’est totalement faux. Jamais il ne se laissait inviter par quiconque. Pablo était d’une grande générosité avec ses amis et ne s’attachait jamais au statut social des gens. Hélas, il était devenu synonyme d’argent ! Un paraphe de lui valait des millions. Lui et Jacqueline recevaient sans cesse des demandes d’argent, d’amis ou d’anonymes. Ils passaient leur temps à faire des chèques. C’était non-stop, comme pour les gagnants du loto. Cependant, Picasso n’a jamais accepté le moindre merchandising sur son œuvre. Il aurait été scandalisé qu’on vende son nom pour une voiture. Et Jacqueline vivante, cela ne serait jamais arrivé…
ALC : Vous écrivez que les dernières volontés de Jacqueline n’ont pas été exaucées…
P. D : Elle désirait que la propriété de Vauvenargues, près d’Aix-en-Provence, devienne un musée. C’est là qu’elle est enterrée avec Pablo devant le grand escalier. De la même façon, elle a demandé que son autre maison, celle de Notre-Dame-de-Vie soit transformée en lieu pour les personnes âgées. Mais depuis 21 ans, sa fille qui en a hérité, les laissent vides et fermées. Il paraît que récemment, elle a décidé d’ouvrir partiellement Vauvenargues ouvert au public en 2009. Mon livre y est sans doute pour quelque chose…
ALC : Vous racontez que Picasso disait à Jacqueline, « Tu donnes des roses, tu reçois des épines…»
P. D : Oui, c’était une femme d’une sincérité totale. Elle me disait « On peut tout dire de moi sauf que je suis malhonnête ». Elle aimait les gens simples, et elle n’avait pas le sens de la possession. Les yachts, les bijoux ne l’intéressaient pas. Elle a vécu très difficilement toutes ces attaques contre elle. Elle était comme une éponge, d’une extrême sensibilité. Elle disait « Je n’ai pas trouvé le blindage ». Elle a été profondément blessée par l’attitude des enfants Picasso qu’elle avait aimés comme les siens. On l’a suspectée d’avoir des comptes en Suisse, on a fouillé sa maison, compté ses affaires… La succession Picasso a été affreuse. Ça l’a achevé. Au fond, elle était tellement honnête qu’elle en devenait suspecte. Elle détonnait. « J’en ai assez de n’être qu’un compte en banque » disait-elle. Un être humain, ce n’est pas ça ».
Propos recueillis par Laure Joanin
« La vérité sur Jacqueline et Pablo Picasso » (Ed. Le Cherche-Midi)
Pour en savoir plus sur le livre :
08.10.2007 - Actualités : Laure Joanin