
Le Roman de la Bretagne 
Auteur : Gilles Martin-Chauffier
Maison d'édition : Editions du Rocher
ISBN :
Préface :
Genre : Essai
Parution : 23.10.2008
Regardez une carte de l'Europe en 1990. Vous n'y verrez ni la Slovénie, ni la Serbie, ni les pays baltes... Le visage de notre continent se redessine. Dans le sang mais aussi dans le calme. 6 millions de Slovaques ont quitté sans aucun drame la Bohême et la Moravie. Déjà la Flandre, la Catalogne et l'Ecosse battent des ailes. Désormais la France n'est plus un mur bouchant l'horizon de la Bretagne. Le vrai pouvoir quitte les berges de la Seine pour gagner Bruxelles. Dans dix ans, ou dans cinquante ans, demain, il y aura à nouveau une Bretagne libre. Le redécoupage des nations du Vieux Continent n'arrivera pas qu'aux autres. Pourquoi ? Parce que l'Histoire, inlassablement, se répète. Dès qu'on accepte le principe de suzeraineté, on confie à d'autres son destin. En l'an 987, le comte de Toulouse, le comte de Poitiers et le duc de Gascogne auraient bien ri si on leur avait annoncé qu'ils seraient tous avalés par Hugues Capet, leur petit suzerain juridique, protocolaire et lointain dont le turbulent domaine allait à peine de Compiègne à Orléans. Seulement, il avait la Loi pour lui. Or la Loi, aujourd'hui, a pour siège Bruxelles. Et l'intérêt de l'Europe est clair : beaucoup de petites nations, aussi peu de grands états que possible. On plie plus facilement l'Estonie et le Montenegro que l'Allemagne, la France ou l'Espagne.
Ce livre n'appelle pas à rejeter la France. Les Bretons n'y ont jamais songé sérieusement depuis la disparition de leur état en 1532. Même à l'époque, ils n'ont guère lutté. Bien moins que les Ecossais ou les Portugais, par exemple. La France et la Bretagne se sont passionnément aimées. Il ne s'agit donc pas dans ces pages d'attaquer notre pays actuel. Aucun autre au monde n'a accordé autant de place à ce qui fait le charme de la vie, depuis le vin et les femmes jusqu'à la conversation, la mode, la littérature et une forme unique de futilité. La Bretagne libre restera évidemment française de coeur et de moeurs. Elle ne confisquera pas Chateaubriand et Madame de Sévigné et elle étudiera toujours Proust et Montaigne.
Seulement, elle enseignera aussi les vies de Nominoë, des ducs Jean, de Pierre Landais ou d'Isaac Le Chapelier, ces grands bretons disparus de notre Histoire.
Qui se rappelle la flotte vénète luttant contre César des années avant l'apparition de Vercingétorix ? Et le rôle des Bretons à Hastings ? Et les fidèles du roi Arthur se réfugiant en Armorique ? Presque personne alors que, de Vitré à Brest, on enseigne aux élèves la grandeur de Clovis, de Charlemagne et de Louis XI qui furent les ennemis de leurs ancêtres.
D'où l'objet de ce « roman » : ramener à la surface les heures exaltantes d'un passé que la mémoire et l'Education Nationale ont effacé. Et rappeler à leurs descendants les destins de ces générations de bretons qui, pendant 1500 ans, ont insufflé une âme à leur terre. Car c'est grâce à eux qu'on peut assurer aujourd'hui que notre futur somnole dans une maison très ancienne.